De la recherche au commerce des singes

Mise au point  sur les liens entre l’ADUEIS et l’Université de Strasbourg

Communiqué de presse de deux élus du conseil d’administration

Le mardi 8 novembre, dans le cadre de la campagne électorale, Michel Deneken, président par intérim, était interpellé lors d’une réunion publique par des membres d’Animalsace. Cette association de protection des animaux dénonce depuis plusieurs années le « commerce des singes » auquel s’adonne notre université par l’intermédiaire d’une association de droit local, l’ADUEIS – Association pour le Développement des liens Université-entreprises dans les Industries de la Santé -, dont le président n’est autre que Michel Deneken lui-même. A l’occasion de l’interruption de cette réunion publique, dont la presse a rendu compte, Michel Deneken a fait référence aux membres d’opposition du Conseil d’administration, laissant entendre que c’est aussi avec leur soutien que les conventions entre l’Université et l’ADUEIS auraient été adoptées.

Conscients de nos responsabilités devant nos mandants et soucieux de les informer avec précision, nous tenons à faire la mise au point suivante, à double titre : en tant que membres actuels du CA, élus SNESUP-FSU sur les listes « Responsabilité-Démocratie-Collégialité », et au titre d’anciens et seuls élus du collège B du CA, issus des listes « Agir ensemble pour une université démocratique » lors des années 2010-2011.

C’est au début de l’année 2011 que le Conseil d’administration de l’Université de Strasbourg a eu à statuer sur un dispositif juridique d’externalisation des activités lucratives du Centre de primatologie, parmi lesquelles l’importation et la vente de primates à des fins de recherche. Trois documents ont été soumis à la délibération des administrateurs à l’occasion de deux séances.

Lors du CA du 25 janvier 2011 nous a été soumis un Accord-Cadre entre l’université de Strasbourg et l’ADUEIS. Le point faisait partie des 35 points d’ordre du jour « non soumis à discussion », et il n’y a pas eu de débat. Analysant aujourd’hui cet accord nous découvrons avec étonnement que le signataire pour l’ADUEIS n’est pas son Président, à savoir Michel Deneken, mais le Vice-président de l’association, Nicolas Carboni, alors directeur d’Alsace BioValley et actuel président de SATT Conectus Alsace. Aucune des 15 annexes listées n’est fournie, ni les statuts de l’association, ni la liste des contrats de prestation qui basculent de l’université vers l’ADUEIS. Suite aux actions d’Animalsace ces derniers jours, nous venons seulement de découvrir dans des documents financiers que l’Université de Strasbourg a procédé à un investissement immobilier lourd, d’un montant de 5,5M€. Ces investissements avaient pour objectif d’augmenter les capacité d’accueil de la plateforme et d’améliorer le cadre d’évolution des primates. L’activité de commerce des singes à laquelle s’adonne l’ADUEIS est destinée à rembourser cet investissement lourd, selon des modalités qui nous demeurent inconnues.

Lors du CA du 22 février 2011, deux points relatifs à l’Accord-Cadre étaient à l’ordre du jour : une convention d’occupation temporaire (l’ADUEIS loue les locaux à l’Université) et une convention de mise à disposition de dix personnels de l’université au profit de l’association. Une nouvelle fois les points n’étaient pas soumis à discussion. Nous avions alors demandé qu’ils soient remontés et débattus en raison de la mise à disposition de personnels de notre université. Nous observons aujourd’hui que le signataire des deux conventions pour l’association est toujours Nicolas Carboni, et non le président de l’ADUEIS, Michel Deneken. La cause en est-elle qu’il y aurait un problème juridique à signer une convention au titre de président d’une association avec un établissement public dont on est soi-même le 1er Vice-président et vice-président « Finances » ?

Il n’en reste pas moins que l’Université de Strasbourg a procédé à un investissement lourd de 5,5 M€ au moment où son fonds de roulement baissait vertigineusement, soit 10% de cette baisse (50 M€ entre 2009 et 2011). Le CA, sauf erreur de notre part, n’a pas eu à se prononcer sur cet investissement. En outre, nous demeurent totalement obscures les raisons pour lesquelles Michel Deneken s’est porté président de l’ADUEIS, alors qu’il occupait la fonction de 1er Vice-président de l’université. Enfin, on peut s’interroger sur les compétences effectives d’un Professeur de théologie pour présider à la destinée d’une plateforme d’innovation en primatologie, dont l’activité principale est désormais le commerce des singes, l’activité de recherche sur les primates étant désormais marginale.

Trois enseignements doivent être tirés de cette affaire :

1. Même si le développement des liens université-entreprises fait partie des missions naturelles de l’université, la vocation d’un établissement public n’est pas de devenir lui-même une entreprise en créant des filiales destinées à faire des profits.

2. L’affaire du Centre de primatologie et de l’ADUEIS est révélatrice d’une dérive lourde des universités vers un modèle entrepreneurial, dérive largement favorisée par l’équipe présidentielle de l’Université de Strasbourg depuis la fusion de 2009. Témoigne aussi de cette dérive le fiasco financier retentissant du projet Alisée (4,5M€ de perte sèche pour l’université), dont l’un des objectifs initiaux était de développer localement, et en partenariat avec une entreprise américaine (Ellucian), un logiciel dédié à gestion des étudiants et des enseignements, dont la commercialisation aurait dû permettre à l’université de toucher des royalties.

3. Ces dérives s’accompagnent d’un manque de transparence et d’un défaut d’information des élus dans les conseils centraux, possiblement aggravés par des contournements de leurs prérogatives. Ainsi nombre d’engagements financiers lourds ont été pris par le président de l’Université de Strasbourg et son équipe sans que le CA n’ait été informé.

Il convient enfin de s’interroger sur la responsabilité des tutelles – ministère et rectorat – qui ont favorisé, accompagné et parfois encadré de tels dispositifs, au mépris des règles de fonctionnement et des valeurs du Service Public, et en définitive contre l’intérêt de l’Etat et des contribuables dont on gaspille l’argent en période de crise et de restrictions budgétaires.

Michaël Gutnic et Pascal Maillard,

Élus sortants du Conseil d’administration de l’Université de Strasbourg

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